Sillage - Eté 2009

Admirablement situé au fond d’une rade de 150 km2, le port de plaisance du Moulin Blanc offre de multiples avantages aux plaisanciers. Sa longue plage permet aussi aux Brestois de venir s’y détendre tandis que les compétitions nautiques ou l’ouverture d’Océanopolis ont permis à ce lieu de se faire connaître plus largement, se posant en véritable atout touristique de la métropole.

ll faut remonter aux XVe ou XVIe siècle pour trouver l’existence d’une activité économique dans ce secteur.

Un moulin, blanchit à la chaux, est construit en bas de la rivière qui traverse le Stangalar appelé “Dourguen”, c’est-à-dire “Eau blanche” en breton.

Non loin, un petit port de pêche est installé près de la grève en forme d’anse.

Le seigneur de Kerisbian, dont les terres s’étendent de la rivière de Dourguen au village de Kerampere, est le principal notable du lieu.

Un petit quai, appelé Palaren, est construit  plus tardivement, vers 1800, pour faciliter le débarquement des marchandises.

L’endroit vit loin de l’agitation brestoise et est rattaché à la commune de Guipavas.

L’arrivée du train vers 1860 va fortement bouleverser le paysage. Le vieux moulin est détruit pour laisser

passer le rail.

La route qui relie le site au nouveau bourg de Saint-Marc est agrandie. Elle porte le nom de rue du Moulin Blanc avant d’être rebaptisée “rue de Verdun” en 1917.

Rapidement, des terrains en bord de mer sont rachetés par la petite bourgeoisie brestoise qui fait du Moulin Blanc une sorte de petite station balnéaire très prisée. Il n’y a pas ici de belles plages de sable fin mais l’endroit est suffisamment beau et reculé pour attirer de nouveaux habitants. Surtout, la gare du Rody, première halte vers Landerneau, permet de se rendre rapidement à Brest.

On peut aussi accéder à pied par le chemin de Mesgualon en longeant la côte.

Les bords de grève de Kerampere et du Moulin Blanc se couvrent donc de belles maisons de maître dont beaucoup ont un accès direct à la mer.

Non loin de là, au bout de la grève, l’armée installe une poudrerie qui fonctionnera jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Une seconde route est ouverte en 1934 en haut du vallon du Stangalar et prend le nom de “route de Quimper” jusqu’à son prolongement au pont de Plougastel.

Bien que peu touché par les bombardements, le Moulin Blanc va connaître de profondes transformations après 1945.

L’ancienne poudrerie est remplacée par des abattoirs et une usine de produits chimiques dont les déchets sont directement déversés dans la rade !

Il faut attendre 1961 pour que le conseil municipal se prononce pour l’implantation d’un port de plaisance le long des rives de Kerampere. Jusqu’ici, les plaisanciers pouvaient mouiller dans l’anse de Poulic-al-lor (on comptait jusqu’à 300 bateaux), mais celle-ci doit être comblée en vue de l’agrandissement du port de commerce. Les travaux commencent immédiatement avec la construction d’une souille de mouillage de sept hectares, un terre-

plein de quatre hectares et une cale. La gestion est d’abord confiée à la société Yotel qui envisage la création d’un grand centre de loisirs avec des cours de tennis et plusieurs hôtels.

Les travaux de remblaiement se poursuivent avec une surface à draguer de près de 200 000 m2. L’anse du Vieux Saint Marc est elle aussi sacrifiée pour faire la jonction entre le Moulin Blanc et le port de Commerce.

Le sable des mines d’étain ou celui dragué au large de Bertheaume fait de la grève du Moulin Blanc une plage artificielle très appréciée de nombreux Brestois.

En 1977, la capacité d’accueil du port atteint 400 bateaux. La SOPAB reprend en main la gestion du site et ouvre en 1980 un deuxième bassin de 246 places. La capacité d’accueil est portée à 1150 places, ce qui en fait le premier port breton de plaisance.

Quelques commerces et la capitainerie suivent rapidement.

Une auberge de jeunesse ouvre ainsi que le Centre nautique municipal qui devient rapidement un atout essentiel pour l’apprentissage de la navigation en rade de Brest et la formation de sportifs de haut niveau.

Parallèlement, le vallon du Stang Alar et ses carrières de pierre sont réaménagés pour devenir un magnifique jardin botanique accueillant l’une des plus importantes collections au monde d’espèces végétales en danger.

Les travaux de la pénétrante sud transforment encore un peu plus le paysage, éliminant au passage toutes les vieilles maisons qui bordaient la grève du Moulin Blanc. Des lieux mythiques comme le restaurant La Mangeoire ou la boîte de nuit des Tritons disparaissent sous les griffes des bulldozers.

En juin 1990, Océanopolis ouvre ses portes. Conçu par l’architecte Jacques Rougerie, ce parc de découverte des océans est unique en Europe. Entièrement réaménagé en 2000, Océanopolis est un espace dédié exclusivement à la mer, son économie, son écologie ainsi que l’aspect scientifique de son approche. Pour cela, 50 aquariums sont proposés au public. Le centre se découpe en trois pavillons correspondant aux milieux tempéré, polaire et tropical. 10 000 animaux peuvent ainsi être découverts dans ce complexe. Océanopolis comptabilise à ce jour 3,5 millions de visiteurs !

Le vieux port est peu à peu réaménagé.

Après avoir un moment songé à le détruire, l’ancien langoustier venu d’Afrique de l’Ouest qui dormait paisiblement depuis de longues années le long du quai Palaren, est entièrement rénové dans les années 90 pour

devenir un restaurant spécialisé dans les fruits de mer.

Plus récemment, une piscine ludique baptisée “SpadiumParc” s’est ouverte au public sur le site des anciens abattoirs, en face de la plage du Moulin Blanc.

D’ici quelques années, une grande promenade reliera l’extrémité du polder à cette piscine en passant devant Océanopolis et le port de plaisance, faisant du Moulin Blanc un site exceptionnel et particulièrement accueillant.

À ce jour, les principaux travaux portent sur la reconstruction des commerces et entrepôts qui bordaient le port de plaisance. Ils permettront d’accueillir plus facilement les visiteurs et les promeneurs, notamment lors des grands rendez-vous sportifs qui ont vu les victoires de Florence Arthaud, Faustine Merret ou bien sûr Olivier de Kersauson qui raconte à qui veut bien l’entendre :

« Ce n’est pas un hasard si on reste ici. Il n’y a pas de plus bel endroit pour revenir et pour repartir d’un tour du monde ». n

Olivier Polard

Sources : “Ports de Brest” d’Alain Boulaire,

éditions Le Progrès/Le Courrier

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